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Usage des mots en France et au Québec (Canada)

Quelles différences entre le français parlé en France et au Québec (Canada) ?

Le français de nos régions

Des linguistes passionnés de géographie linguistique ont mis en place des enquêtes en ligne en vue de cartographier les régionalismes du français que l'on parle en Europe et en Amérique du Nord. Grâce aux réponses de plus de 5 000 francophones canadiens enthousiastes, ils ont pu élaborer de nombreuses cartes donnant à voir l'aire d'extension et la vitalité des particularismes locaux qui font la richesse du français. Petit florilège.

Croissant au chocolat ou chocolatine ?

Sachez tout d'abord que si vous désirez commander un pain au chocolat au Québec, vous avez tout intérêt à vous aligner sur l'usage du Sud-Ouest français, car tout comme chez nos amis bordelais ou toulousains, au Québec, on parle de « chocolatine » ! Si, en revanche, vous vous aventurez hors du Québec, par exemple du côté de l'Ontario, il est alors fort probable que l'on vous offre plutôt la variante « croissant au chocolat » (calque de l'anglais chocolate croissant).

Carte : « chocolatine » au Québec, « croissant au chocolat » en Ontario et dans les Maritimes

Bien entendu, les francophones canadiens connaissent passivement la dénomination européenne « (petit) pain au chocolat », diffusée en particulier naguère par la fameuse chanson de Joe Dassin, mais ce n'est pas le premier mot qui leur vienne à l'esprit pour désigner cette viennoiserie !

Histoire de shoe-claques

La dénomination des chaussures de sport risque d'être une source de confusion pour les non-initiés. En effet, le mot considéré au Canada français comme le plus « correct » pour désigner ce que les Français appellent des « baskets » est en fait… « espadrille » ! C'est l'appellation diffusée par l'école et les organismes gouvernementaux de francisation comme terme recommandé pour éviter d'autres dénominations d'origine anglaise ou hybride, comme running ou running-shoes (qui domine dans la grande région montréalaise et dans tout l'ouest du Québec), sneaks ou sneakers (que l'on entend dans les Cantons-de-l'Est et dans les provinces maritimes). L'expression semble avoir chassé le composé shoe-claques, naguère prépondérant dans la ville de Québec et sa zone d'influence.

Carte des noms des baskets au Canada : espadrilles, runnings, sneakers et shoe-claques selon les régions

Rappelons, pour nos lecteurs québécois, que le mot espadrille, en Europe, désigne des chaussures de toile très légères et dont la semelle est faite de sparte ou de corde tressée.

Les cours, vous les foxez ou vous les loafez ?

L'argot scolaire est souvent très riche en régionalismes. Selon la région du Canada où vous vous retrouverez, si vous choisissez d'aller vivre là-bas, vos enfants apprendront au contact de leurs petits camarades toute une panoplie d'expressions inédites. Prenons le concept de « sécher ses cours ». Bien que cette expression du français d'Europe soit désormais assez bien connue des Canadiens francophones, les termes de prédilection sont tout autres, et se répartissent selon les régions. Les écoliers de la Vieille Capitale, Québec, diront qu'ils loafent pour dire qu'ils font l'école buissonnière. Il s'agit d'un emprunt à l'anglais to loaf, verbe signifiant plus ou moins « perdre son temps, glander ». À Montréal et dans sa grande région, le verbe privilégié est foxer (par ex., on dira : « j'ai foxé mon cours de bio »), extension sémantique à partir de l'anglais to fox, qui signifie en fait « duper, berner ». Enfin, dans de nombreuses autres régions, dans les Cantons-de-l'Est, en Ontario ou dans les Maritimes, on dira qu'on skippe ses cours, de l'anglais to skip, « sauter ».

Carte de « sécher ses cours » au Canada : loafer, foxer ou skipper selon les régions

Les consonnes finales sont-elles muettes ou non ?

Un autre chapitre qui illustre bien les petites différences entre le français du Québec et celui d'Europe est celui de la prononciation des consonnes finales. Là où la plupart des Français, de nos jours, prononcent le -t final du nom du mois d'août, l'immense majorité des Québécois s'en abstiennent ; de même pour bu(t). Des prononciations régionales en Europe, comme il y en a vingT avec -t final prononcé (Suisse, Est de la France, Belgique), ou il y en a moinS avec -s final prononcé (Sud-Ouest de la France), sont également absentes de l'usage canadien. De même, les Québécois prononcent très majoritairement ces mots en -il sans faire entendre le -l final : bari(l), persi(l), sourci(l), nombri(l). Toutefois, ils sont bel et bien prononcés dans avril, cil, chenil et gril.

Voir d'autres cartes

Comment ça se dit chez vous ?

Si vous voulez nous aider à produire de nouvelles cartes attestant de la vitalité et de la diffusion de nombreuses expressions régionales, en Europe tout comme en Amérique du Nord, n'hésitez pas à visiter notre site « Français de nos régions » sur sa page « participez aux enquêtes » !

André Thibault, Université de Paris-Sorbonne

Mathieu Avanzi, Université catholique de Louvain

Thèmes : Expressions québécoises courantes, Anglicismes québécois